
Recette nasi goreng : le riz frit indonésien, plat national d’un archipel de 17 000 îles
Le nasi goreng est né d’un geste de bon sens. Ne pas jeter le riz de la veille. Le faire sauter dans un wok très chaud avec quelques aromates. Le résultat était si bon que le geste s’est transformé en plat, le plat en tradition, la tradition en symbole national.
Aujourd’hui, le nasi goreng est officiellement reconnu comme plat national de l’Indonésie depuis 2018. CNN International l’a classé deuxième meilleur plat du monde en 2011. Et dans les rues de Jakarta, Bali ou Yogyakarta, les vendeurs des warungs le préparent depuis l’aube, dans le bruit et la fumée des woks à feu vif, pour des millions de personnes qui commencent leur journée comme ça.
Ce qui rend cette recette unique, c’est un ingrédient qu’on ne trouve dans aucun autre riz frit d’Asie : le kecap manis. Une sauce soja sucrée, épaisse, presque sirupeuse, qui caramélise dans le wok et donne au riz cette couleur brun-dorée et ce goût qu’on ne sait pas tout de suite nommer mais qu’on n’oublie pas.
Pourquoi le nasi goreng est-il différent des autres riz frits asiatiques ?
Le nasi goreng est né d’un geste tout simple : réchauffer le riz de la veille avec quelques aromates pour éviter de le jeter. L’influence chinoise a apporté l’idée du riz sauté, les traditions locales ont ajouté les épices indonésiennes, et la colonisation hollandaise a contribué à diffuser ce plat dans les villes portuaires. Ce mélange de cultures a produit quelque chose d’entièrement nouveau.
Influencé par les cuisines chinoise et malaise, ce plat a évolué pour incorporer des ingrédients locaux comme la pâte de crevettes et la sauce soja sucrée, appelée kecap manis. Au fil du temps, il est devenu un symbole de la street food indonésienne, vendu par des marchands ambulants dans des warungs animés. Sa fumée caractéristique provient de la cuisson au wok à feu vif, qui caramélise les saveurs.
Deux ingrédients font toute la différence avec un riz frit ordinaire.
Le kecap manis d’abord. Son goût évoque le sucre de palme, la mélasse, le caramel brun et cette profondeur umami propre aux sauces soja. Le kecap manis doit parfumer le plat, pas l’engluer dans une robe de chambre en caramel. On le dose avec discernement. Une ou deux cuillères à soupe en fin de cuisson, juste le temps que le riz se laque et que la cuisine s’embaume.
Le terasi ensuite. Le terasi est un ingrédient emblématique en Indonésie. Cette pâte est composée de crevettes hachées et séchées au soleil, fermentation naturelle. Elle n’est pas consommée crue, mais uniquement cuite. Une noisette suffit. Elle fond dans l’huile chaude en quelques secondes et disparaît dans le plat, laissant derrière elle une profondeur umami qu’on ne sait pas identifier mais qui rend le plat addictif.
Ingrédients pour 2 personnes
Pour le nasi goreng
- 300 g de riz cuit de la veille, bien froid et égrainé
- 150 g de poulet ou de crevettes (ou un mélange des deux)
- 2 oeufs
- 3 échalotes émincées finement
- 3 gousses d’ail écrasées
- 2 piments rouges frais épépinés et émincés (ou une pincée de piment séché)
- 1 cuillère à café de terasi, pâte de crevettes fermentée (en épicerie asiatique)
- 2 cuillères à soupe de kecap manis, sauce soja sucrée indonésienne
- 1 cuillère à soupe de sauce soja salée
- 2 cuillères à soupe d’huile neutre
- 2 oignons verts émincés
Pour la garniture traditionnelle
- 2 oeufs au plat
- Échalotes frites croustillantes, bawang goreng
- Tranches de concombre et de tomate
- Krupuk, chips de crevettes (facultatif mais traditionnel)
- Sambal ou sauce piment à part
Pour un nasi goreng qui a vraiment le goût du wok à feu vif, un wok en acier carbone est l’ustensile qui change vraiment la donne, il monte en température beaucoup plus vite qu’une poêle ordinaire. Pour les ingrédients clés, le kecap manis se trouve facilement en ligne si ton épicerie asiatique n’en a pas. Et pour explorer toute la cuisine indonésienne et d’Asie du Sud-Est, un livre de cuisine indonésienne est une belle porte d’entrée sur cet archipel de 17 000 îles.

Préparation du nasi goreng
Étape 1 — Le riz de la veille, c’est obligatoire
Le riz frais du jour contient trop d’humidité. Dans le wok, il va coller, s’agglomérer et cuire à l’étuvée au lieu de frire. Le riz de la veille, refroidi au réfrigérateur toute une nuit, est sec, égrainé, et chaque grain va sauter séparément dans le wok. C’est cette texture distincte qu’on cherche. Si tu n’as pas de riz de la veille, cuis le riz le matin et laisse-le refroidir à plat sur une plaque avant de le mettre au frais deux heures minimum.
Étape 2 — La base aromatique
Chauffe le wok à feu très vif jusqu’à ce qu’il commence à fumer légèrement. Ajoute l’huile. Fais revenir les échalotes et l’ail jusqu’à ce qu’ils soient dorés, deux à trois minutes. Ajoute le terasi, écrase-le dans l’huile chaude et mélange trente secondes. Il va fondre, dégager une odeur forte et disparaître dans la base aromatique. Ajoute les piments.
Étape 3 — La protéine
Ajoute le poulet en dés ou les crevettes. Fais sauter à feu vif en remuant constamment jusqu’à cuisson complète. Le feu vif est essentiel. C’est ce qui donne le « goût wok », cette légère fumée caramélisée qu’on ne peut pas reproduire à feu doux.
Étape 4 — Le riz et les sauces
Ajoute le riz froid directement dans le wok. Émiette bien tous les agglomérats avec la spatule. Fais sauter en remuant constamment pendant deux minutes. Puis verse le kecap manis et la sauce soja salée. Mélange vigoureusement pour que chaque grain de riz soit enrobé. Le riz va prendre une couleur brun-dorée en quelques secondes. C’est le moment du caramel, de la transformation.
Étape 5 — L’oeuf
Dans une petite poêle séparée, fais frire les oeufs dans un peu d’huile à feu moyen-vif. Le blanc doit être cuit et légèrement croustillant sur les bords, le jaune encore coulant. Dispose-les sur le nasi goreng au moment de servir, pas avant. L’oeuf ne se mélange pas au riz dans la poêle, il se pose dessus dans l’assiette. C’est la règle du nasi goreng.
Étape 6 — Le dressage
Sers le riz dans une assiette ou un bol. Pose l’oeuf au plat dessus. Parsème d’oignons verts émincés et d’échalotes frites croustillantes. Dispose quelques tranches de concombre et de tomate à côté. Les chips de crevettes si tu en as. Le sambal à part pour ceux qui veulent plus de piment.

Conseils et astuces pour un nasi goreng vraiment authentique
- Le feu vif, toujours. C’est la condition non négociable. Un wok à feu moyen produit du riz mou et fade. Le feu vif crée la caramélisation, le goût wok, la texture grainée qu’on cherche. Si ta gazinière a un brûleur puissant, utilise-le.
- Le kecap manis fait maison. Si tu n’en trouves pas, mélange deux cuillères à soupe de sauce soja avec une cuillère à soupe de cassonade et fais chauffer jusqu’à dissolution. Ce n’est pas identique mais c’est une bonne approximation.
- Le terasi, ne pas s’en passer. C’est ce qui distingue le vrai nasi goreng d’un riz sauté ordinaire. L’odeur à la cuisson est forte mais disparaît dans le plat, remplacée par une profondeur umami discrète et indispensable. En épicerie asiatique, demande « shrimp paste » ou « belacan ».
- Ne pas surcharger le wok. Pour deux personnes, un seul wok. Si tu en fais pour quatre, fais deux fournées séparées. Un wok surchargé baisse en température et le riz cuit à l’étuvée au lieu de frire.
- Les échalotes frites. Les bawang goreng se trouvent en sachet dans les épiceries asiatiques. Si tu n’en as pas, tu peux les faire toi-même : fais frire des rondelles d’échalotes dans de l’huile à 170 degrés jusqu’à ce qu’elles soient dorées et croustillantes. C’est la garniture qui change tout au moment de servir.
- Chaque famille a sa version. C’est la beauté du nasi goreng. Poulet, crevettes, boeuf, tofu, légumes croquants. La base aromatique et le kecap manis restent. Le reste s’adapte à ce qu’on a.
Questions fréquentes
Peut-on faire un nasi goreng sans terasi ni kecap manis ?
Techniquement oui, mais ce n’est plus tout à fait un nasi goreng. Ces deux ingrédients sont ceux qui distinguent le plat indonésien d’un riz sauté ordinaire. Le kecap manis se remplace approximativement par un mélange de sauce soja et de cassonade. Le terasi est plus difficile à substituer : une touche de sauce nuoc-mâm ou de sauce aux huîtres peut en approcher la profondeur umami sans être identique.
Pourquoi le riz doit-il absolument être de la veille ?
Le riz fraîchement cuit contient beaucoup d’humidité. Au contact du wok chaud, cette humidité se libère sous forme de vapeur et le riz cuit à l’étuvée au lieu de frire. Les grains collent et forment des agglomérats. Le riz de la veille, séché et refroidi, a perdu cette humidité. Chaque grain reste indépendant dans le wok et développe une légère croûte caramélisée au contact de la chaleur.
Quelle est la différence entre le nasi goreng et le mie goreng ?
Nasi signifie riz en indonésien, mie signifie nouilles. Le nasi goreng est un riz frit, le mie goreng est un plat de nouilles frites. Les deux partagent les mêmes bases aromatiques, les mêmes sauces, le même kecap manis. La garniture et la texture diffèrent mais la philosophie et les techniques de cuisson sont identiques.
Peut-on préparer le nasi goreng à l’avance ?
Le nasi goreng se mange immédiatement. C’est un plat de cinq minutes de cuisson à feu vif qui perd sa texture en attendant. En revanche, on peut très bien préparer tous les ingrédients à l’avance : riz cuit de la veille, protéines découpées, aromates émincés. La cuisson elle-même ne prend que quelques minutes et doit se faire au dernier moment.
Le nasi goreng est-il épicé ?
Il peut l’être selon la quantité de piment utilisée. La version de rue indonésienne est souvent assez relevée. À la maison, tu contrôles totalement le niveau de piment. Tu peux supprimer les piments frais dans la recette et servir le sambal à part, ce qui permet à chacun de doser selon sa tolérance.
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